vendredi 3 décembre 2010

Boardwalk Empire

Une série, une série… Soit, mais c'est tellement plus que ça.


Avant tout (enfin… concrètement, avant la suite de l'article) : hopopop, le lien vers ce bon vieux Imdb.

Un épisode et je suis sous le charme. Dès le premier, parfaitement. Le fait que je n'en aie vu qu'un seul implique également, eh bien, que je n'en aie vu qu'un seul. Ce qui implique donc que tout ceci ne concernera que le pilote. Ala. Have a bonne lecture (j'ai essayé de faire en sorte que, mais bon).


Cette série plonge dans le monde du grand banditisme américain des années 20 (pas les prochaines, hein… celles d'avant ; hoho que c'est drôle), particulièrement du trafic d'alcool et de tous les gros poissons qui s'y sont trouvés liés. À Atlantic City, on suit les destinées de personnalités de cette époque, au travers de toute cette société bourdonnante d'activité. Forcément, on y retrouve les politiques, les mafiosos, les exécutants, toute cette population (il y a un certain Al Capone dans le tas, sans vouloir faire vendeur). Mais aussi les simples citoyens de l'époque avec leur vie de l'époque. Bon, je suis pas là pour vous pitcher la série, plutôt pour dire pourquoi surkiffage.

En fait, tout ou presque n'est que surkiffage dans ce premier épisode. Si j'avais une chose à lui reprocher, là comme ça, sur le vif et pour en dire un peu de mal avant de commencer, ce serait sa trop grande richesse. L'intrigue explose en quelques minutes et on se retrouve avec toute cette galerie de personnages et de personnalités sur les bras, c'est parfois un peu malaisé à suivre (ou alors, j'ai quelques soucis de cervelet). Enfin… vous conviendrez avec moi qu'en matière de défauts, on fait pire…

jeudi 2 décembre 2010

« Je m'intitule par la racine. » ou Diatribe

Connaissance du syndrome Antonin Artaud hautement préférable. J'dis ça, c'est juste pour faire de l'élitisme crasseux, hein…
Ce que je dis n'engage que moi et peut-être un peu moi aussi, et puis c'est tellement motivé par de la passion incontrôlée que ça ne peut pas être entièrement fondé. Tant pis : une diatribe de temps en temps, ça ne peut faire que le plus grand bien (phrase dénuée de tout fondement, mais on peut faire semblant de croire qu'elle touche au vrai, comme ça on se sent mieux).


C'est en ces termes (voir titre) qu'il l'aborda, un soir de printemps (fake). Il lui dit cela d'un air sérieux, franc, droit, direct, ce qui fit qu'il recula, frappé de stupeur. Comment ? Il osait lui parler ainsi ? Scandaleux ! Inadmissible ! Qu'il sorte ! Mais il ne se laissa pas démonter, poursuivit :
« J'ai un grave problème à l'intérieur de moi-même, je suis tout déstructuré, mon esprit est une espèce de savonnette que je n'arrive pas à saisir, je ne sais plus parler le langage des hommes, je ne connais plus que le mien. Publie-moi, je t'aime. » Alors il prit son pied, il le prit vraiment, son pied, et l'enfonça profondément dans le fondement de l'humanité. Parce que oui, il allait être publié.

« Regardez, ce langage est le mien ! Je ne suis pas capable de sortir de moi-même pour faire de la littérature, alors je vous montre directement l'intérieur de moi-même et je vous explique que c'est de la littérature aussi, comme ça c'est génial, je suis génial. » voilà ce qu'il a dit. Et ce fut génial, dirent-ils. Et alors, le mec qui l'avait publié lui dit : « mais votre esprit, vous, tout ça, c'est génial ; je te publie encore plus profond, je t'aime ». Et là, là, la consécration. « Dieu que l'on m'aime, et pour la merde que j'apporte de mon langage, en plus ! Merveilleux, je n'ai aucun effort à faire, je vais juste continuer plus avant dans cette voie. Puisque je suis parti sur des bases langagières et que le langage est le drame de ma vie – putain qu'est-ce que ça sonne bien, surtout en italiques ! –, je fais faire de ce drame la tragique remise en cause d'une société qui a détourné le regard de ceux qu'elle classe trop hâtivement avec les fous. Moi, je vais leur dire que les vrais fous, ce sont eux ; eux qui ne savent pas voir en la folie le simple langage d'un individu incapable de s'adapter au langage que eux proposent. La langue française, je le remplis de ma merde, et j'en suis fier. » Voilà ce qu'il a pensé. Ou plutôt voilà ce qu'on a dit qu'il avait pensé. Parce que finalement, entre le vrai lui et celui qu'on a construit, hein, ya bien de la distance…

lundi 29 novembre 2010

Pourquoi j'ai rétabli l'accès à ce blog.

Vous remarquerez que cette fois-ci, le titre n'hésite plus entre question et affirmation. Et pour cause, c'est un exercice d'anticipation.

Alors : pourquoi ?

La première chose, la plus évidente, qui est sans doute vraie, c'est qu'une situation aussi paradoxale ne pouvait décemment s'inscrire dans le long terme. Le paradoxe, c'est celui d'écrire sans être lu, encore et toujours. Sur un blog, qui plus est. Ce peut être amusant, mais ce n'est pas viable sur la durée.
Et pourtant…

En vérité cette fermeture n'était pas si étonnante. Elle est partie d'une simple impulsion qui grondait depuis longtemps, bien sûr. Mais autre chose se dessine après elle : c'est un peu un livre, un peu comme un ouvrage véritable qui apparaît. Le livre, le vrai livre, on ne le voit qu'après sa conception, on ne le voit que dans son accomplissement. On n'assiste pas à sa création, étapes par étapes. Alors qu'un blog… un blog, c'est aussi le reflet du quotidien du bloggeur, c'est un témoin du présent. Aucun effort ne peut être fait pour l'extirper de ce présent dans lequel il vit. Ou alors, ce n'est plus un blog, c'est autre chose. Cet autre chose, c'est peut-être ce que celui-ci est en train de devenir.
Voilà pourquoi j'ai finalement décidé de rendre à nouveau ce blog accessible à tous. Parce que quelque chose de différent peut maintenant se dessiner. Si ce n'est plus un blog, alors qu'est-ce que c'est ? Nommons cela un journal impersonnel : le résultat du passé transposé dans le présent de l'internet. Ou alors, ça reste un blog, et tout ceci n'aura servi à rien. Mais j'aime bien le concept.
Alors bien sûr, je ne sais pas si c'est intéressant, je ne sais même pas si c'est amusant, ou agréable, ou sprotch, si j'ai progressé, si j'ai régressé, si j'ai évolué. Et ça, pour l'instant, je n'ai aucun moyen de le savoir. Car l'inconvénient d'avoir fermé ce blog, c'est que le silence est père de l'oubli. Et je n'ai pas avec moi de battage publicitaire pour annoncer la réouverture. Alors vous qui traînez par là pour la première fois, ou vous qui revenez de loin, je vous accueille chaleureusment sur ce qui n'est plus un blog, mais le passé d'un blog, au présent. Puis un blog à nouveau, après ; parce qu'il faut bien continuer.

Puis les autres chose, les choses plus humaines. Simplement j'avais besoin de ces quelques lecteurs, j'avais besoin de ces quelques personnes qui me parlaient parfois de ce que je faisais. Non pas d'une reconnaissance, je sais que je ne la mérite pas encore (c'est gros, une reconnaissance), mais d'une connaissance. Avoir quelque par l'idée rassurante que quelqu'un nous connaît, que tout ce que l'on fait n'est pas complètement vain. C'est triste, ce besoin d'être au dehors et de savoir que quelque part quelqu'un sait que l'on est. Mais vital, je crois. Certains le vivent chaque jour, moi j'utilise cet intermédiaire. Il y aura toujours cette lueur d'espoir, ce « j'ai lu ce que tu avais écrit » (au-delà de toute critique que l'on peut me faire, ce qui m'enchante également, je trouve cette simple remarque assez formidable) qui pourra donner assez de force pour continuer. Assez de force pour se dire peut-être… J'ai besoin de ces peut-être en italiques pour continuer.

Les raisons sont là, je crois. L'amusement, lui, c'était celui qui faisait fermer le blog, c'était celui qui recherchait du Nouveau. Et quand j'aurai épuisé le Nouveau à ma portée dans cette voie, ce sont ces raisons qui me feront revenir à la réouverture du blog, sans aucun doute. D'ici là, je cherche…


EDIT : Ah, à peine quelques jours et déjà ya un truc qui apparaît. En fait, c'est simplement le fait que quand le blog est fermé, je ne me sens plus forcé de faire quelque chose qui concorde avec l'idée que j'ai (sans doute erronée) de ce qui est attendu. Mais ça, ça reste possible même quand le blog est accessible, il suffit d'en avoir conscience et de ne pas s'y laisser emporter (facile à dire, oui, c'est vrai, m'enfin on verra bien).
Toujours est-il qu'il y a peut-être d'autres choses utiles à découvrir dans cette expérience, je vais encore attendre un peu.

EDIT de réouverture : l'expérience est terminée. Elle a apporté quelque chose, et quelque chose de pas mal. Satisfaction donc, désolé à ceux qui aimaient bien lire (ça existe ? le pire, c'est que je suis presque sincère en posant cette question : désespérance du manque de confiance en ses écrits, ou lucidité quant à l'illisibilité de ses propos…) et que j'ai privé de lecture l'espace horriblement long d'au moins quelques dizaines d'heures.

Dialogue avec une brosse à dents

À vrai dire, vu qu'elle n'a pas beaucoup de conversation, c'est surtout moi qui parlais. Ça s'est produit tout à l'heure, si si.

« Salut, toi. Oh, t'es nouvelle, non ? J'espère qu'on va bien s'entendre, toi et moi. On va rester un moment ensemble, tu sais. Autant que ça se passe bien. Bon, je sais pas si tu connais le principe, mais on commence par le dentifrice. Enfin, j'imagine qu'on t'a formée pour ça, tu ne viens pas comme ça de nulle part. Je me demande s'il y a une conscription chez les brosses à dents, ou si l'on n'envoie que les volontaires au front. Enfin… à la bouche, disons. Dentifrice, eau, prête ? Bon, ça va, je constate que tu t'en sors bien. Et même très bien… Grands dieux ! Je n'avais pas connu un tel brossage depuis Mathusalem ! Et moi qui croyais que j'allais tomber sur la basse caste de la brosse à dents, quelle erreur monumentale ! Ah, ma chère brosse, c'est une délectation que ce brossage. Vraiment, si ma journée jusque là avait été grise, tu as su lui redonner les couleurs de la vie. Dents du haut, dents du bas… Aucun point faible, la même qualité de brossage en chaque endroit. Je suis épaté. Un coup de rinçage, et tu pourras retourner dans ton verre. Tu sais quoi ? Je crois qu'on va passer de bons moments ensemble. Il y a une telle vivacité et une telle passion dans ton brossage que ça en devient une jouissance de tous les instants. Bon, j'éteins la lumière. Si tu veux, tu peux te faire des nouveaux amis ici. Le tube est particulièrement accueillant, n'aie pas peur d'aller vers lui si tu te sens un peu timide, il saura t'aider. »

Là-dedans trainent des remugles poisseux de maquereaux et de Freud. Mais on traitera d'esprit graveleux quiconque irait plus loin que le reniflage intrigué.

« Grands dieux ! Je n'avais pas connu un tel brossage depuis Mathusalem ! » Je me suis vraiment dit ça. Quand j'y repense, ça me fait un peu peur, quelque part. Quiconque se met à parler en présence de sa brosse à dents a du souci à se faire quant à sa santé intérieure. Enfin, il me semble, mais peut-être avec-vous régulièrement de longues conversations avec votre brosse à dents (tiens, cette expression : avoir une conversation avec quelqu'un nous vient tout droit du XVIIe siècle, catégorie « langage précieux » ; c'est culturel, c'est important, et puis ça fait longtemps que ça manquait de culturel en ces lieux).

Sans rire, je suis certain qu'il y a nombre d'objets desquels on pourrait tirer mille petites vérités, pour peu qu'on prenne la peine de les écouter quelques instants. Allez, challenge : discuter avec un piano. Je ne triche pas, c'est la première chose qui m'est venue en tête. Question d'obsession.

samedi 27 novembre 2010

Pourquoi j'ai supprimé l'accès à ce blog ?

C'est une question à laquelle je vais tenter de répondre en même temps que vous. Dépourvu oblige.


Simplement cela a surgi, je ne l'attendais en rien, je ne connaissais aucunement l'existence d'une telle possibilité. Pourtant, ce samedi froid de novembre 2010, j'ai fermé l'accès à mon blog. Loin d'être une pulsion, je pense que c'est le résultat de quelque chose qui remonte à loin, à bien loin… Cela remonte au premier article du premier de ces blogs.
À cette époque où je faisais lire pour la première fois des choses de ma plume à tout trublion du web, je me suis mis à penser peu à peu que ces écrits étaient faibles. Au début je m'amusais. Au début tout n'était qu'amusement, j'écrivais ce que je trouvais être sympathique et drôle, sans autre ambition que celle d'y prendre du plaisir. Et puis je les ai trouvés laids, tellement laids, tous ces textes. La vraie question, c'est : pourquoi ai-je continué si longtemps à publier alors même que j'étais profondément convaincu de la petitesse de ce que je faisais ?

C'est que, quelque part, j'avais confiance en ceux qui me poussaient, je croyais qu'ils étaient vraiment sincères, que j'avais déjà réussi à faire quelque chose de bien. Ce n'étaient pas de la présomption, de la vanité, ce n'était que l'espoir de savoir déjà faire qui me poussait à continuer. Et plus je faisais, plus je me caricaturais, croyant en ma capacité à faire et refaire encore, à me renouveler sans cesse. Faute de me renouveler je m'écrasais peu à peu sur mes premières idées, que je vidais à force de les creuser. Mais l'impulsion de départ n'était pas mauvaise, elle. C'était un atome né de nulle part et qui ne demandait qu'à grandir, à évoluer peu à peu vers un être complexe et subtil. Mais cela je ne l'ai pas vu, je me suis peu à peu laissé aveugler par mes propres égarements, par toutes ces tentatives de retrouver une impulsion qu'il fallait au contraire prolonger.
Alors j'ai essayé, sans trop le vouloir, sans trop comprendre pourquoi, l'inverse : j'ai essayé la mélancolie, la grisaille et le macabre. Là encore, un échec, l'échec d'avoir voulu tourner le dos à une idée. Je la croyais mauvaise, cette idée, parce qu'à force de caricature je l'avais transformée en un pantin sans vie. Mais elle subsistait encore, dans cet état un peu primitif où elle était née.

Et maintenant, faut-il la reprendre, cette matière ? Faut-il prétendre en être capable ? Je ne crois pas. Par toutes ces vaines tentatives de la retrouver, je l'ai rejetée tellement loin qu'il serait illusoire de prétendre aller la chercher. Non, je m'amuse. Après tout je n'ai jamais réussi que ce qui m'a amusé.

Voilà pourquoi je ferme ce blog, voilà la réponse à cette question : je m'amuse. Tout ceci n'est qu'un gigantesque amusement. Surviendrait la culpabilité de cacher ce que je peux écrire aux lecteurs, je lui répondrais sincèrement que ce que je peux écrire trouve tellement de choses à sa hauteur que tout lecteur trouvera bien de quoi lire en d'autres lieux, s'il le désire. Quand à ceux qui me connaissent personnellement, s'ils me lisent parce que c'est moi, et que rien d'autre ne les motive véritablement à venir ici, alors eux aussi peuvent trouver leur compte ailleurs, chez ceux qui ont une grosse moustache et des années d'écritures derrière eux.

Car oui, ce n'est même pas à la naissance d'un écrivain que l'on assiste ici. Non, tout au mieux à la pré-naissance d'un scripteur. À sa période gestative. Quel individu normalement constitué prendrait du plaisir à contempler la croissance d'un embryon cellulaire ? Je ne parle pas de ces tarés de biologistes, bien sûr. Mais enfin voilà : si quelqu'un est intéressé, qu'il aille voir ailleurs. Ici, on ferme pour une durée indéterminée. D'ailleurs, quand vous, là, oui vous, le voyeur, vous lirez ceci, moi, l'exhibitionniste, je serai déjà loin. Hin hin…